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Archive for 11/09/2017


Foto: David Ramos/Getty images 

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LES ARCHIVES DU FIGARO – La fête nationale de la Catalogne le 11 septembre est traditionellement la démonstration de force des indépendantistes. Le sera t-elle davantage cette année à la veille du référendum d’autodétermination? Dès 1917, Le Figaro abordait cet épineux sujet.
Une défaite choisie comme célébration nationale. Le 11 septembre est le jour de la fête de la Catalogne -la «Diada Nacional de Catalunya». Mais curieusement la date retenue est celle d’un important désastre catalan: la prise de la ville assiégiée de Barcelone par les troupes des Bourbons -menée par le roi Philippe V- en 1714 lors de la guerre de Succession d’Espagne. La Catalogne soucieuse de conserver ses privilèges soutient alors l’héritier Habsbourg, l’archiduc Charles d’Autriche, dans cette lutte pour le trône d’Espagne. Cette défaite entraîne l’abolition des institutions et libertés civiles catalanes. La Catalogne perd ainsi sa monnaie, son parlement, ses traditions, sa langue officielle -le catalan. Il faut attendre l’année 1979 pour que cette région obtienne un statut d’autonomie, avec des institutions et un gouvernement.

Cette fête de la Catalogne -célébrée pour la première fois en 1866- commémore la résistance des Catalans tombés pour la défense des valeurs et institutions catalanes. Interdite sous Franco, elle est officialisée en 1980 par le Parlement, qui la qualifie de «nationale». Depuis quelques années elle est aussi l’occasion de revendications indépendantistes et révèle la montée du sentiment nationaliste. Cette journée sera d’autant plus particulière cette année que le Parlement catalan a voté le 6 septembre une loi prévoyant un référendum d’autodétermination.


Le problème catalan
… Le problème catalan date de loin. Il était grave déjà, il y a trois et quatre siècles. Il est, aujourd’hui, plus complexe.

La Catalogne fait partie de l’Espagne, mais la Catalogne n’est pas l’Espagne, comme le sont les Castilles et l’Aragon. Son patriotisme espagnol n’est pas en cause. Un passé déjà long en témoigne. Aux fastes de la guerre d’Indépendance, le siège de Tarragone s’inscrit à côté du siège de Saragosse. Mais la Catalogne n’a pas seulement son histoire à elle, comme l’Andalousie ou la Galice. Elle est peuplée d’une race dont les caractères sont restés très tranchés et elle a sa langue, qui n’est pas un patois, mais qui est une langue au même titre que l’espagnol ou que le portugais. Elle a sa littérature, qui est considérable. Elle n’a pas seulement ses mœurs et ses traditions, tout comme les autres provinces du royaume; elle a son droit, le droit coutumier d’autrefois demeuré, dans ses parties principales, presque intact, son droit civil qui n’est pas celui des autres États dont se compose l’Espagne; les plus absolus des rois, les plus «unitaires», les plus férus de l’idée capétienne n’ont pas osé y toucher. Leplay a fort étudié, fort admiré ce Code catalan; il lui a emprunté beaucoup d’arguments en faveur de l’entière liberté de tester.

L’empreinte romaine a peu marqué sur le reste de l’Espagne, où elle a été vite effacée par tant d’invasions, germaniques, sarrazines; elle a été profonde en Catalogne. À chaque pas, on la reconnaît, ne serait-ce qu’à cette passion des Catalans pour les belles routes, à leur furieux regret de voir mal entretenues tant de routes qui devraient être «européennes», et qui sont «africaines.». Ainsi parlent de simples cochers de fiacres. Il faut toujours faire parler les cochers. Par contre, les Arabes n’ont fait que passer ici, glisser comme l’eau sur le marbre, sur le dur, le solide granit romain. Notre Provence a plus gardé des Maures que la Catalogne.

Le Catalan n’est pas un animal, de luxe; dans le sens le plus noble du mot, c’est un animal de travail.

Enfin, dans l’Espagne généralement agricole, la Catalogne est surtout industrielle. Ni les belles vignes ne lui manquent, ni les beaux fruits, ni les belles moissons. Mais son génie propre est tourné vers l’industrie et vers le commerce. Adossée à la montagne, elle regarde vers la mer; son empire, c’est la mer. Et le Catalan n’est pas un animal, de luxe; dans le sens le plus noble du mot, c’est un animal de travail. Ici, tout le monde travaille, bourgeois, ouvriers, paysans. «Les moines eux-mêmes travaillent», me disait un bourgeois voltairien, anticlérical, mais qui ne croit pas nécessaire, par politique, de refuser toute vertu à ses adversaires. La forte parole de Guizot, si misérablement tronquée par les passions de l’époque: «Enrichissez-vous par le travail.», c’est la loi, aux champs comme à l’atelier, au comptoir, à l’usine. Et le Catalan est sobre, économe. Point d’alcoolisme. Le Castillan classique met sa fierté à jeter sur la misère que sa paresse entretient le manteau de théâtre. Le Catalan ne se préoccupe pas du «paraître». Il a l’amour des réalités. L’ouvrier ne marchande pas sa peine, mais il poursuit des salaires de plus, en plus élevés. L’ambition du paysan est d’être propriétaire; neuf sur dix le sont, dans les communes les plus pauvres comme dans les plus riches. Sur ce point, comme sur d’autres encore, il rappelle le paysan français. Sa passion, sa vie, c’est le lopin de terre qui est bien à lui, qu’il a conquis sur la montagne pierreuse, défriché, planté d’oliviers ou de noisetiers, semé de légumes ou de blé.

Carte postale datant des années 1910 figurant la place de Catalogne à Barcelone.

Et Barcelone, de beaucoup, la ville la plus populeuse de l’Espagne -avec ses faubourgs, tout près d’un million d’habitants, presque le double de Madrid,-la plus active, la plus riche. Longtemps enserrée, étouffée entre ses fortifications, contre lesquelles elle a fait cinquante émeutes, elle n’a pas cessé, depuis qu’elle les a fait raser en 1800, de s’étendre sur le rivage, dans l’immense plaine, sur les flancs des collines qui sont les premières marches des Pyrénées. D’année en année, des quartiers nouveaux se créent, des faubourgs, peuplés tout de suite et bientôt surpeuplés. Le port, où passe près d’un quart du commerce maritime de toute l’Espagne, est devenu trop étroit. Plus grand déjà que les trois ports réunis de Marseille, il rivalisera avec Gènes, quand sera achevée, au sud de Montjuich, la construction des nouveaux bassins et des nouveaux docks. Et ce n’est pas, évidemment, la ville d’Espagne ou s’arrêteront de préférence les artistes; ils auront vite parcouru ses quelques vieilles rues, regardé quelques vieux bâtiments, palais délabrés ou maisons de corporations, visité l’étonnante cathédrale, avec la puerta de San Ivo et sa nef sombre, sa nef de mystère et de terreur, où il faut, que l’œil s’habitue à voir tant l’obscurité y est épaisse, même à midi et en plein été.

Le Catalan s’indigne de voir se perdre dans le gouffre général du budget, l’argent, son argent, le fruit de ses peines.

Mais partout, quelle vie débordante, quelle intensité de mouvement! Depuis près d’un demi-siècle, l’ambition constante de Barcelone a été de devenir une grande ville occidentale; plus qu’occidentale: américaine. Il reste encore quelques anciens quartiers, presque pittoresques, à jeter bas, à remplacer par des maisons modernes élevant leurs cinq et six étages le long de larges rues aérées. Ces quartiers ne tiendront pas longtemps devant «la Réforme», le nom classique et populaire de la reconstruction hygiénique et pratique: construction, de nouvelles écoles, de nouveaux établissements scientifiques, des admirables hôpitaux dus à la magnificence de riches particuliers. Et cela, aussi, a sa beauté, une autre beauté que celle de Tolède ou de Cordoue, ou de tel nid d’aigle wisigoth ou sarrasin, mais, tout de même, une beauté. Et je ne sais pas si l’homme, avec ses désirs, avec ses passions, sera plus heureux à Barcelone; mais la vie y sera plus saine, meilleure, mieux défendue contre la maladie et contre la mort.

Voici maintenant le problème: ces quatre provinces de la Catalogne, étant les plus laborieuses de toute l’Espagne et, partant, les plus riches, payent à l’État la somme d’impôts de beaucoup la plus forte, et, dès lors, le Catalan s’indigne de voir se perdre dans le gouffre général du budget, l’argent, son argent, le fruit de ses peines, qui, employé sur place au moins partiellement, lui permettrait d’activer le mouvement de ses progrès dans tous les sens, de doter plus largement des établissements universitaires et hospitaliers, surtout de multiplier les chemins de fer d’intérêt local, de refaire les vieilles routes dont il a honte et d’en construire de nouvelles.

L’autonomie politique est la pensée d’un nombre considérable, de jour en jour plus considérable, de Catalans.

J’ai montré les caractères particuliers du Catalan: race, langue, législation, mentalité. Indépendante jusqu’au, quatorzième siècle, la Catalogne fut, de toutes les provinces de la péninsule, celle qui entra avec le plus de résistance dans l’unité des Espagnes. Comme elle traversa alors une crise de décadence, elle en accusa l’unité espagnole, se tourna, au début du dix-septième siècle, vers la France. Cet esprit séparatiste, je l’ai rappelé, a disparu depuis longtemps. Mais l’esprit d’indépendance, l’esprit d’autonomie a subsisté, et non seulement il a subsisté avec la prospérité renaissante, mais il n’a pas cessé de se fortifier pour, de très nombreuses raisons politiques et économiques, théoriques et pratiques. Plus s’accroissent et la prospérité agricole et industrielle, et le progrès général de l’instruction, et celui des idées libérales, républicaines, ou socialistes, plus la Catalogne a conscience de sa valeur et de sa force. Il existe ainsi une question publiquement discutée, dite de «la capitalité». Barcelone étant la ville la plus peuplée, la plus importante de l’Espagne, pourquoi la capitale est-elle, à Madrid? Charles Quint n’avait-il pas averti Philippe II «Si tu veux agrandir tes États, porte ta capitale à Lisbonne si tu les veux conserver, place-là à Barcelone; si tu les veux perdre, va à Madrid».

[…] Il n’en reste pas moins que l’autonomie politique est la pensée d’un nombre considérable, de jour en jour plus considérable, de Catalans, alors que nulle part, même en Italie, les conséquences du principe fédératif ne seraient plus périlleuses, pour l’ensemble de la nation, qu’en Espagne. Et pourtant, dans les plaintes, les doléances répétées de la Catalogne, il y a une grande part manifeste de justice. Que faire donc, sinon lui accorder l’autonomie administrative, la plus large qui soit compatible avec l’organisation générale d’un grand pays?[…]

Par Polybe

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